Titre

Humour et formes du rire dans la littérature suisse romande contemporaine (depuis 1945)

Auteur Alice BOTTARELLI
Directeur /trice M. Daniel Maggetti (Université de Lausanne)
Co-directeur(s) /trice(s) M. Alain Vaillant (Université Paris-Nanterre)
Résumé de la thèse Minoritaire politiquement vis-à-vis de la Suisse allemande, culturellement vis-à-vis de la France, la Suisse romande a toutes les raisons, pour se singulariser ou résoudre certains complexes d’infériorité, de déployer l’humour dans ses expressions littéraires. L’humour, forme particulière du rire qui met en jeu et en scène l’auteur lui-même, a pour atout de créer un effet de connivence, une « complicité spirituelle » avec le lecteur (Vaillant 2016). Pourtant, les écrivains romands sont davantage connus pour leur austérité calviniste (Silberstein 1990) que pour leur sens de la dérision. Évacué des préoccupations académiques en littérature romande, le rire a longtemps été victime d’une certaine conception de « l’esprit romand » : prédisposé à la gravité et à l’introspection, sensible à la nature, volontiers utilitaire et moraliste (Maggetti 2001). Cette conception, au cœur des stratégies d’autojustification de la littérature romande, a été validée et entretenue par les romanciers, poètes, critiques, professeurs du XIXe et début du XXe siècles. Ces acteurs du champ littéraire, un groupe restreint d’intellectuels actifs à la fois dans l’enseignement, le journalisme et l’édition (Maggetti 1993), ont contribué à nationaliser et institutionnaliser le patrimoine romand, dans une optique passablement rigide. Or ce fonctionnement en vase clos élimine la question du rire, qui peine encore à se frayer un chemin dans les études littéraires en Suisse francophone. Il procède d’un double phénomène : la déconsidération du rire par la critique encourage les écrivains à produire des œuvres sérieuses, et la teneur majoritairement sérieuse de leurs œuvres corrobore de facto l’exclusion du comique par la critique. Mon projet s’appliquera à déconstruire ce fonctionnement autotélique, et à mettre en lumière des écrivains prolixes, qui ont une place importante dans le patrimoine culturel romand mais n’ont jamais fait l’objet d’études universitaires approfondies (Gilles et Benoziglio en sont les plus flagrants exemples). Chez ceux-ci, l’humour est constitutif de l’écriture ; il fonde un rapport au monde. Vis-à-vis d'une culture française ressentie comme hégémonique, il n’est pas un simple artifice pour les auteurs romands, mais permet le « décalage fécond », la revendication d’une marginalité.
Statut au début
Délai administratif de soutenance de thèse
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