Information détaillée concernant le cours

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Titre

Orientations contemporaines du récit historique

Dates

29 juin 2021

Organisateur(s)

Prof. Dominique Kunz-Westerhoff, UNIL

Jacob Lachat, UNIL

Intervenant(s)

[A confirmer:]

Prof. Emmanuel Bouju, Université Paris-3 Sorbonne Nouvelle

 

Description

La pensée historique participe depuis une vingtaine d'années à l'émergence de nouvelles formes narratives dans la littérature. Au début du nouveau millénaire, les représentations littéraires de la fin marquent une ère qui se définit par rapport à une postérité dont Lionel Ruffel a montré, dans Le dénouement (Verdier, 2005), qu'elle oscille entre conjuration d'une chute et recherche d'une nouvelle historicité, susceptible d'ouvrir l'héritage du passé à l'inventaire, la transmission et la transformation.

Des retours obsédants des deux guerres mondiales aux processus de décolonisation, le récit contemporain multiplie les rappels des fins de l'histoire où bascule un monde, en faisant parfois reposer l'intrigue sur la « revenance » (Jean François Hamel), l'anachronisme et l'entrelacement des temps. Apocalyptiques, épiques ou dérisoires, les événements du passé sont également explorés à partir des marges de l'historiographie: de nombreux·euses écrivain·e·s font place aux disparu·e·s et aux oublié·e·s de la mémoire collective, souvent dans le but de porter un éclairage renouvelé sur des moments historiques plus ou moins connus des lecteur·trice·s. Il arrive par exemple qu'un instant tragique du passé soit rejoué par des moyens narratifs qui dramatisent son imminence, à partir de sources partielles et hétérogènes où l'histoire est parfois ouvertement « bâclée » (Vuillard) ; ou que l'artifice du « procédé dramaturgique » (Jean Rolin) soit revendiqué pour rendre sensible le passé, mais aussi pour éclairer nos projections actuelles sur un événement, voire pour prophétiser ce que nous ne saurions pas encore, avec netteté, présent dans le réel. Enfin, plusieurs écrivain·e·s récusent aujourd'hui, sur un mode à la fois majeur et insistant, la dimension romanesque de leurs récits historiques ; ils soulignent leur engagement méthodique sur les terrains de l'histoire savante, ainsi que leur usage rigoureux de documents matériels.

Pour interroger cette présence massive et diffuse de l'histoire dans la littérature contemporaine, notre journée invite les doctorantes et doctorants à interroger les orientations actuelles du récit historique. Il ne s'agit pas de reconduire d'anciens débats qui ont porté, dans le sillage du linguistic turn, sur les frontières entre roman et histoire, mais plutôt d'aborder à nouveau frais le rôle de la narration dans les écritures actuelles de l'histoire.

Nous nous concentrerons en particulier sur:

• Des enjeux génériques: de Lukacs à Bakhtine, la théorie du roman s'est abondamment penchée sur le genre du roman historique tel qu'il se développe au XIXe siècle. Mais les récits historiques contemporains héritent-ils des propriétés de ce genre littéraire ? Si le roman historique peut apparaître aujourd'hui comme une « forme morte et fossile » (Philippe Forest), il n'en constitue pas moins, dans ses procédés parfois les plus traditionnels, l'une des veines les plus fécondes de la littérature populaire. Dans quelle mesure ce genre vient-il informer les formes narratives investies par les écrivain·e·s contemporain·e·s, de la biographie fictive au récit documentaire, en passant par l'autofiction ou d'autres genres en vogue ?

• Des enjeux stylistiques dans la « transcription de l'histoire » (Emmanuel Bouju): à l'heure où les travaux d'Hayden White sur les formes du « discours historique » sont largement remis en cause par les historien·ne·s de métier, comment penser les tropes du récit d'histoire contemporain ? En quoi la liste épique, par exemple, est-elle réinvestie aujourd'hui ? Quelle forme prend l'ironie, entre mise à distance du passé et présence familière de l'infra-ordinaire ? Comment la syntaxe vient-elle embarquer le lecteur ou la lectrice dans le rejeu de l'histoire ? Quelle part joue la métaphore dans l'épuisement d'un récit historique s'avouant « bâclé » ? Comment écrire l'incipit d'une histoire que nous connaissons déjà ? Comment la conclure à nouveau – s'il le faut ?

• Des enjeux méthodologiques: quel statut ont les sources historiques dans le processus d'élaboration narrative et romanesque ? quelle est leur présence, textuelle ou visuelle, dans l'économie du récit ? Comment articulent-elles les sphères publiques et privées ? Sont-elles mêlées à d'autres sources, par exemple fictionnelles ? En quoi donnent-elles corps à l'événement, ou à la fiction historique ? Quelle valeur de vérité, quelle crédibilité revêt face à elles le romanesque ? Dans quelle mesure le récit historique est-il investi par l'érudition ou la recherche documentaire ? Comment le travail littéraire, notamment dans sa part d'imagination, interagit-il avec les sciences historiques – et réciproquement ?

 

Lieu

Université de Lausanne

Information
Places

20

Délai d'inscription 29.06.2021
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