Information détaillée concernant le cours

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Titre

Orientations du récit historique

Dates

29-30 juin 2021

Responsable de l'activité

Jacob Lachat

Organisateur(s)

Prof. Dominique Kunz-Westerhoff, UNIL

Jacob Lachat, UNIL

Intervenant(s)

Prof. Emmanuel Bouju, Université Paris-3 Sorbonne Nouvelle

Prof. Sabina Loriga (EHESS)

Prof. Enzo Traverso (Cornell University)

Description

Les recherches sur l’historiographie participent depuis une vingtaine d’années à l’exploration de nouvelles formes narratives, marquées par des convergences problématiques entre démarche historienne et invention littéraire. Plusieurs ouvrages historiques singularisent le moi de l’historien (Traverso, 2020), valorisent l’anachronisme et le raisonnement contre-factuel (Deluermoz et Singaravélou, 2016), recourent parfois à la fiction (Jablonka, 2014), comme autant d’expériences herméneutiques susceptibles d’interroger les conditions du savoir, et s’appliquent à rouvrir le passé à ses possibles à travers les outils heuristiques de la littérature pour l’articuler à « l’histoire à venir » (Boucheron et Hartog, 2018). De leur côté, de nombreux écrivains prétendent adopter les protocoles d’enquête historienne, de la compulsation des archives à la pratique du terrain. Se détournant du romanesque traditionnel, ils réinvestissent par la marge les événements fondateurs de la grande histoire et entendent faire place aux oubliés de la mémoire collective dans le but de porter sur eux un éclairage renouvelé et de permettre leur reconnaissance (Bouju, 2006). De l’archive inédite à la production de nouveaux témoignages récoltés sur le terrain, une part importante de la production littéraire s’inspire ainsi des méthodes de l’histoire et des sciences sociales, que ce soit à travers des « narrations documentaires » (Ruffel, 2012) ou des « factographies » (Zenetti, 2014).

 

 

 

Notre rencontre vise à étudier les enjeux actuels que soulève cette présence massive et diffuse de l’histoire dans la littérature, en invitant les participantes et participants à interroger les usages de la narration dans la littérature et l’historiographie. Sans nécessairement se limiter à des corpus contemporains, il s’agira d’explorer les héritages intellectuels et littéraires des orientations du récit historique à partir d’horizons théoriques variés et d’un spectre chronologique élargi. Les propositions pourront par exemple se concentrer sur : 

 

 

 

  • des enjeux génériques : de Lukács à Bakhtine, la théorie du roman s’est abondamment penchée sur le genre du roman historique tel qu’il se développe au XIXe siècle. Mais les récits historiques contemporains héritent-ils des propriétés de ce genre littéraire ? Si le roman historique peut apparaître aujourd’hui comme une « forme morte et fossile » (Forest, 2011), il n’en constitue pas moins, dans ses procédés parfois les plus traditionnels, l’une des veines les plus fécondes de la littérature populaire. Dans quelle mesure ce genre vient-il informer les formes narratives investies par les écrivains et les historiens, du récit documentaire à la fiction d’archives, en passant par l’autofiction ou d’autres genres en vogue ?
  • des enjeux stylistiques : à l’heure où les travaux d’Hayden White sur les formes du « discours historique » ont été largement remis en cause par les historiens de métier (notamment Carlo Ginzburg), comment penser les tropes de l’imagination historique dans l’écriture de l’histoire ? En quoi la liste épique, par exemple, est-elle investie par les romanciers et les historiens ? Quelle forme prend l’ironie, entre mise à distance du passé et présence familière de l’infra-ordinaire ? Comment la syntaxe ou la métaphore embarquent-elles le lecteur ou la lectrice dans un reenactment ? Comment écrire l’incipit d’une histoire que nous connaissons déjà ? Comment la conclure à nouveau – s’il le faut ?
  • des enjeux méthodologiques : quel statut ont les sources historiques dans le processus d’élaboration narrative et romanesque ? Quelle est leur présence, textuelle ou visuelle, dans l’économie du récit ? Comment articulent-elles les sphères publiques et privées ? Sont-elles mêlées à d’autres sources, par exemple fictionnelles ? En quoi donnent-elles corps à l’événement, ou à la fiction historique ? Quelle valeur de vérité, quelle crédibilité revêt face à elles le romanesque ? Dans quelle mesure le récit historique est-il investi par l’érudition ou la recherche documentaire ? Comment le travail littéraire, notamment dans sa part d’imagination, interagit-il avec les sciences historiques – et réciproquement ?
  • des enjeux sociologiques : comment comprendre la posture des écrivains qui se réclament de l’histoire ? Quelles positions adoptent-ils par rapport à la matière historique traitée dans leurs récits ? Quelles relations intellectuelles et institutionnelles entretiennent-ils avec la discipline historique ? Le succès de leurs livres participe-t-il d’une reconfiguration éditoriale de l’histoire savante ?
  • des enjeux idéologiques et éthiques : quelles pensées de l’histoire, de la réalité sociale, de l’identité nationale les récits contemporains mettent-ils en œuvre à travers la narration du passé, et quel engagement narratif impliquent-ils dans le présent ? En quoi s’inspirent-ils de l’historiographie, et en quoi la critiquent-ils ? Le récit, défectif et incertain, d’un événement déploie-t-il ou mine-t-il la portée politique d’une « histoire des possibles » (Deluermoz et Singaravélou, 2016) ? Les représentations romanesques de la fin participent-elles d’un déclinisme, d’un fatum de la chute, d’un imaginaire apocalyptique ? Contribuent-elles à l’émergence d’un nouveau régime d’historicité ?
  • des enjeux intermédiaux : en quoi le recours du récit littéraire au document visuel – à l’archive photographique en particulier, mais aussi aux cartes, portraits picturaux, gravures, etc. – participe-t-il, par son dispositif intermédial, aux pratiques d’une « histoire ou contre-histoire par l’image » (Brunet, 2017) ?

 

 

 

Les propositions de communication (accompagnées d’une bibliographie) devront être transmises aux organisateurs d’ici le 30 avril 2021.

 

 

Bibliographie sélective

 

 

 

Anheim Étienne et Lilti Antoine (dir.), Savoirs de la littérature, Annales, 2010, n° 2.

 

Benjamin Walter, « Sur le concept d’histoire » (1940), Œuvres, III, Paris, Folio-Essais, 2003.

 

Boucheron Patrick, « On nomme littérature la fragilité de l’histoire », in Le Débat, 2011, n° 165, p. 41-56.

 

Boucheron Patrick et Hartog François, L’Histoire à venir, Toulouse, Anacharsis, 2018.

 

Bouju Emmanuel, La transcription de l’Histoire. Essai sur le roman européen de la fin du XXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006.

 

—, « Force diagonale et compression du présent. Six propositions sur le roman « istorique » contemporain », Écrire l’histoire n°11. Histoire, Littérature, Esthétique, Paris, CNRS Editions, 2013.

 

Brunet François, La Photographie. Histoire et contre-histoire, Paris, PUF, 2017.

 

Deluermoz Quentin et Singaravélou Pierre, Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus, Paris, Seuil, 2016.

 

Demanze Laurent, Un nouvel âge de l’enquête. Portraits de l’écrivain contemporain en enquêteur, Paris, Corti, 2019.

 

Dion Robert, Fortier Frances, Havercroft Barbara et Lüsebrink Hans-Jürgen (dir.), Vies en récit. Formes littéraires et médiatiques de la biographie et de l’autobiographie, Québec, Nota Bene, 2007.

 

Dion Robert, Des fictions sans fiction ou le partage du réel, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2018.

 

Forest Philippe, « Les romanciers et la matière historique », L’histoire saisie par la fiction, Le Débat, n°165, 2011/3.

 

Gefen Alexandre, Inventer une vie. La fabrique littéraire de l’individu, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2015.

 

Hamel Jean-François, Revenances de l’histoire. Répétition, narrativité, modernité, Paris, Minuit, 2006.

 

Hartog François, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003.

 

Inculte (collectif), Devenirs du roman, vol. 1, éd. Naïve, 2007.

 

Inculte (collectif), Devenirs du roman. Écritures et matériaux, vol. 2, éd. Inculte, 2014.

 

Jablonka Ivan, L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales, Paris, Seuil, 2014.

 

James Alison, The Documentary Imagination in Twentieth‑Century French, Oxford University Press, 2020.

 

Koselleck Reinhart, Le Futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques (1979), Paris, Éditions de l’EHESS, 1990.

 

Loriga Sabina, Le Petit x. De la biographie à l’histoire, Paris, Seuil, 2010.

 

Lyon-Caen Judith, La Griffe du temps. Ce que l’histoire peut dire de la littérature, Paris, Gallimard, 2019.

 

Méaux Danièle (dir.), Les Formes de l’enquête, Revue des sciences humaines, n°334, Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion, 2019/2.

 

Panter Marie, Mounier Pascale, Martinat Monica et Devigne Matthieu (dir.), Imagination et histoire. Enjeux contemporains, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015.

 

Petitier Paule et Wahnich Sophie (dir.), La Fin de l’histoire, Écrire l’histoire n°15. Histoire, Littérature, Esthétique, Paris, CNRS Editions, 2015

 

Piégay Nathalie, L’Érudition imaginaire, Genève, Droz, 2009.

 

—, Le Futur antérieur de l’archive, Rimouski, Tangence, 2012.

 

Rubino Gianfranco (dir.), Le Sujet et l’Histoire dans le roman français contemporain, Macerata, Quodlibet, 2015.

 

Rubino Gianfranco et Viart Dominique (dir.), Le Roman contemporain face à l’histoire, Macerata, Quodlibet, 2015.

 

Ruffel Lionel, « Un réalisme contemporain : les narrations documentaires », Littérature, n° 166 (2012/2).

 

—, Le Dénouement, Lagrasse, Verdier, 2005.

 

—, Brouhaha. Les mondes du contemporain, Lagrasse, Verdier, 2016.

 

—, Trompe-la-mort, Lagrasse Verdier, 2019.

 

Servoise Sylvie, Le roman face à l’histoire. La littérature engagée en France et en Italie dans la deuxième moitié du XXe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011.

 

Traverso Enzo, Passés singuliers. Le « je » dans l’écriture de l’histoire, Montréal, Lux éditions, 2020.

 

Viart Dominique et James Alison, Les littératures de terrain, Fixxion, n°18, 2019 : https://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx18.20/1339)

 

White Hayden, Tropics of Discourse. Essays in cultural criticism (1978), Baltimore/London, The Johns Hopkins University Press, 1982.

 

—, L’Histoire s’écrit, édité et traduit par Philippe Carrard, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017.

 

Zenetti Marie-Jeanne, Factographies. L’enregistrement littéraire à l’époque contemporaine, Paris, Classiques Garnier, 2014.

 

 

 

 

 

Lieu

Université de Lausanne

Information
Places

20

Délai d'inscription 29.06.2021
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