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Titre

Anthropologie et études littéraires. Histoire et potentiels des transferts théoriques [REPORTÉ]

Dates

22 avril 2020

Organisateur(s)

Dre Éléonore Devevey, UNIGE

Dr Jacob Lachat, UNIL

Intervenant(s)

Nicolas ADELL, maître de conférences, Université de Toulouse II Jean Jaurès

Annick LOUIS, maîtresse de conférences, Université de Reims/EHESS

Description

Du « bricolage » selon Lévi-Strauss à l'importance actuelle accordée aux termes d'usages, de pratiques ou de communautés, de la littérature considérée comme « interprétation symbolique » (Reichler) à l'intérêt croissant porté aux « enquêtes de terrain » qui sous-tendent les écritures contemporaines, les études littéraires ont emprunté de nombreuses expressions à la discipline anthropologique. Tantôt simples cautions savantes, tantôt véritables leviers heuristiques, ces emprunts ont une histoire qu'il importe de mettre en lumière. À travers eux se construisent des outils conceptuels dont nous ne percevons le plus souvent que des enjeux épistémologiques lointains. Or, au-delà de leurs résonances familières, plusieurs notions de l'anthropologie qui circulent couramment dans le vocabulaire des chercheurs et des chercheuses en littérature ont partie liée avec les bouleversements qui affectent, depuis longtemps, leur discipline. Qu'elles soient récentes ou surannées, très spécialisées ou passées dans le langage commun, ces notions renvoient, pour la plupart, à l'articulation qui s'est développée, tout au long du XXe siècle, entre les études littéraires et les sciences sociales. De cette articulation dépend aujourd'hui une part importante de nos façons de penser le fait littéraire.

L'objectif de cette journée doctorale sera d'étudier de près la généalogie, la circulation et la réception de quelques-unes de ces notions. Au-delà d'une histoire des idées qui s'en tiendrait à l'analyse de textes canoniques, l'approche adoptée consistera surtout à comprendre, à partir de cas concrets, comment et dans quels contextes s'opèrent les transferts théoriques entre deux disciplines majeures des sciences humaines mais aux crédits scientifiques distincts et variables dans le temps. De quelles manières les notions d'anthropologie sont-elles utilisées, redéfinies et redistribuées dans les études littéraires ? Quels sont les conditions de leurs succès ou de leurs insuccès, de leurs grandeurs et de leurs décadences ? Quels potentiels et quels défis ces notions représentent-elles aujourd'hui pour les chercheurs et les chercheuses en littérature ? Qu'avons-nous à apprendre du lexique, des méthodes et des modes de pensée des anthropologues ? Voilà quelques-unes des questions que nous souhaitons aborder au cours d'une journée placée sous le signe de la réflexivité. Il s'agira en somme d'envisager autant les vertus que les impasses d'une « traveling theory » (selon la formule d'Edward W. Said), en s'interrogeant moins sur ce que les mots de l'anthropologie perdent lorsqu'ils sont extraits de leurs champs d'origine, que sur les manières dont ils contribuent aux mutations de la vie intellectuelle.

Les échanges que nous entendons mettre en place s'organiseront dans un premier temps sous la forme d'un atelier au cours duquel chaque doctorant·e sera invité·e à présenter brièvement une notion à laquelle il ou elle se confronte dans sa recherche, que cette notion y occupe une place centrale ou marginale. Cette première étape privilégiera les questionnements, les incertitudes, voire les embarras qui émanent d'une utilisation parfois rudimentaire de concepts que l'on rattache, à tort ou à raison, au discours anthropologique. Le second temps de la journée sera consacré à une réflexion collective autour des travaux de Nicolas Adell et d'Annick Louis, soit une chercheuse en études littéraires qui s'attache aux articulations de sa discipline avec les sciences humaines et sociales, et un anthropologue qui interroge l'intérêt de ses prédécesseurs et collègues pour le fait littéraire.

 

Bibliographie indicative 

Adell, Nicolas, « L'anthropologie ou les promesses du crépuscule », L'Homme, n° 218, 2016, p. 67-83.

Chartier, Roger, Jouhaud, Christian (dir.), « Écrire les écritures. Hommage à Daniel Fabre », L'Atelier de Centre de recherches historiques, n° 16 bis, 2017.

Debaene, Vincent, « Le contexte : pour et contre. Études littéraires et anthropologie », Littérature (Armand Colin), n° 194, juin 2019, p. 94-104.

-, « La littérature face aux savoirs : frontière ou objet ? », Critique, n° 67, avril 2011, p. 275-291.

-, « Pourquoi une case vide n'est pas une case blanche. Structuralisme et théorie littéraire », in M. Escola, S. Rabau (dir.), La Case blanche : théorie littéraire et textes possibles, La Lecture littéraire, n° 8, Reims, Presses universitaires de Reims, 2006.

Espagne, Michel, « La notion de transfert culturel », Revue Sciences/Lettres, 1/2013, en ligne : https://journals.openedition.org/rsl/219.

- (dir.), L'horizon anthropologique des transferts culturels. Numéro spécial de la Revue germanique internationale, PUF, Paris 2004.

Fabre, Daniel (dir.), Écritures ordinaires, Paris, POL, 1993.

-, et Fabre-Vassas, Claudine, « Du rite au roman. Parcours d'Yvonne Verdier », in Coutume et Destin. Thomas Hardy et autres essais, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1995, p. 7-37.

-, et Jamin, Jean « Pleine page. Quelques considérations sur les rapports entre anthropologie et littérature », L'Homme, n°203-204, 2012, p. 579-612.

Louis, Annick « Études littéraires et sciences humaines et sociales : une articulation épistémologique », Histoire et littérature : épistémologie et enseignement, Actes du colloque tenu à l'INRP, les 26 à 28 mai 2011. Publication en ligne : http://litterature.inrp.fr/litterature/histoire-et-litterature.

Reichler, Claude, « La littérature comme interprétation symbolique », in Cl. Reichler (dir.), L'interprétation des textes, Paris, Éd. de Minuit, 1989, p. 81-113.

-, « La littérature : pour une anthropologie historique interprétative », 1993, Lettres actuelles, 2-3, p. 61-65.

Said, Edward W., « Traveling Theory », in The World, the Text, and the Critic, Harvard University Press, 1983, p. 226-247.

Lieu

Université de Lausanne - Château de Dorigny

Information
Places

20

Délai d'inscription 01.04.2020
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